« TRANSGRESSION » « Quand l’Art entre au mitard. » à la Citadelle de Doullens, en 2023.

Hommage à Albertine Sarrazin

Parmi ses travaux les plus récents, une installation magistrale au sein de la citadelle de Doullens, forteresse transformée en prison pour femmes. Pour l’exposition « Quand l’art entre au mitard » imaginée par le collectif CURB, investissant la cellule dans laquelle Albertine Sarrazin a été enfermée, l’artiste a ainsi rendu un vibrant hommage à l’auteure de L’Astragale. Une œuvre qui a nécessité une longue préparation. « Je devais d’abord cerner sa personnalité ». Pour cela, Softtwix ne n’est pas contentée de lire le récit autobiographique de son évasion spectaculaire, « lors de laquelle elle s’est brisée l’astragale, un os du pied », et de la cavale qui a suivi. Exigeante et passionnée, l’artiste a dévoré tous les écrits d’Albertine Sarrazin. « À travers ses mots, j’ai pu la “rencontrer“, “partager“ un moment avec elle. Un vrai coup de cœur pour cette jeune femme qui, malgré ce qu’elle a vécu, reste d’une pureté et d’une intégrité magnifique ».
Cette plongée dans la vie, le destin et la personnalité d’Albertine Sarrazin au prisme de l’artiste est saisissante. Devant la cellule, par le judas, le visage expressif de la détenue apparaît avec « ses petits yeux coquins et sa bouche qui remonte à gauche et descend à droite lorsqu’elle sourit ». D’attachantes particularités « qui, si l’on n’y prend pas garde, apparaissent comme un défaut sur une image figée, donc complexes à travailler ».
Un défi que l’artiste a relevé tant la puissance du regard capte déjà l’attention. La porte franchie, l’émotion s’amplifie devant ce visage lumineux mais blessé, installé en haut des marches qui se fondent dans le sol de la cellule, et qui semble « s’animer » au fur et à mesure que l’on s’avance vers lui. « Ces marches lui redonnent une certaine dignité… ». Difficile de s’extraire de cette rencontre, d’autant que la volte face est surprenante. En recouvrant les murs de pages de livres, non pas simplement offerts et visibles mais teintés, l’artiste convoque une seconde lecture de l’œuvre, un second face à face. « Claires autour de la porte, les pages s’assombrissent au fur et à mesure que l’on retourne vers le visage », obligeant le visiteur à revenir sur ses pas, au plus près du portrait. « Se faire éditer fut pour cette femme plusieurs fois emprisonnée une victoire. Il m’a donc semblé important de plonger le spectateur au cœur de ses écrits».

Texte de Gabrielle Gauthier pour Urban Arts Magazine en 2023.

Albertine Sarrazin

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