Avec Sonac, les animaux font le mur. Amiens 2022. ( suite de l’interview)

Un travail colossal, une véritable immersion

Ce type de projet est très complet. C’est un travail à temps plein pendant 4 mois. Entre les prises de vue, le dérushage, et les préparation des photos finales des animaux, les repérages des murs, les créations des maquettes, puis les impressions (faites maison) , les découpages (souvent minutieux),  les collages des installations photographiques dans la ville, puis les prises de vues de mes animaux in situ, qui seront tout ce qui restera de ce projet éphémère.

Qu’en as-tu retiré ? Cela a-t-il modifié ton regard ? Ton processus de création ? Participé à ta recherche picturale ? C’est vraiment le type de projet que j’affectionne tout particulièrement, car il me permet d’être en immersion totale avec les animaux. J’arrive au zoo en même temps que les soigneurs du matin, et je pars en même temps que ceux du soir. Ce qui me permet d’avoir également accès aux animaux avant et après l’ouverture au public, c’est un instant particuliers où les animaux sont plus détendus, et la lumière plus douce. Le zoo d’Amiens m’a également organisé des rendez vous avec les soigneurs, afin d’entrer avec les animaux avec lesquelles c’était possible, et ainsi d’avoir des conditions de prises de vue privilégiées. J’ai pu entrer avec les tamarins empereur, et être à peine à 50 cm d’eux… que d’émotion!J’aime aussi ces instants partagés avec les soigneurs… Pendant deux à trois heures, on fait le tour de leur secteur, je leur demande de m’expliquer leur parcours professionnel, pourquoi, et comment ils sont arrivés là, ils me parlent de leurs animaux, c’est un autre monde…

Dans l’affirmative, comment cela se traduit-il sur ces nouveaux portraits… et ceux de demain ? Sur ce type de projet, la proximité que m’apporte les soigneurs me permet d’avoir plus d’images intéressantes. De ne pas simplement avoir une belle image, mais une image forte avec une attitude. C’est le style d’image qui crée des installations intéressantes. Cela me permet de pouvoir également remplir ma banque d’images, et de pouvoir ainsi être réactive quand on me propose un mur pour un festival Street Art, ou pour un autre projet qui n’inclus pas les prises de vues avec les animaux. 

Comment ces portraits vont-ils prendre possession de la ville ? C’est une prise de possession éphémère car mes installations photographiques se détériorent avec le temps. Certaines tiennent quelques jours, d’autres quelques années, cela dépend du bon vouloir des gens… comme ces espèces naturelles dont elles sont le reflet , qui sont en train de disparaitre dans la nature…

Considères-tu qu’il s’agit toujours d’un « Affichage Sauvage » ? Et pourquoi ? Pour moi, oui, c’est toujours un affichage sauvage, dans le sens où j’ai eu carte blanche pour le choix des murs et des animaux, même si j’ai bien sur fait valider mes maquettes, je n’ai eu aucune contrainte sur ma création. Lorsque que nous avons discuter avec Julie Jet du Zoo d’Amiens, je lui ai tout de suite expliqué que je voulais travailler sur ce projet dans la continuité de mon travail d’Affichage Sauvage, avec cette même liberté de création de mes murs, pour qu’elle puisse retrouver dans les installations que j’allais créer pour le zoo, ce qui l’avait séduit dans mon travail. Après concertation avec Xavier Vaillant, le directeur du zoo, le projet a été validé. Ils ont complètement adhéré au concept, et m’ont fait confiance pour gérer ce projet à ma manière. 

En quoi cette affichage sauvage participe-t-il à au message que tu souhaites transmettre ? Le public est heureux au moment en découvrant les animaux dans les rues,il s’habitue à leur présence… jusqu’au moment où la dégradation apparait et fait progressivement disparaitre l’animal! Le message est là, offert à chacun dans son quotidien! J’espère que cela crée un élan, une réaction… et peut être même une prise de conscience! Je compte d’ailleurs multiplier ce type de projets .

Interview de Gabrielle Gauthier, pour le magazine Urban Arts, juin/juillet 2022.

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