« Ce que je cherche à dire n’est pas théorique. Cela naît dans la chair, dans la cicatrice, dans les silences forcés et les révoltes rentrées. Depuis plusieurs années, mon propre corps est devenu le terrain d’une série d’épreuves que j’ai décidé de ne pas subir mais de traverser. Deux ans de paralysie à cause d’une polyarthrite rhumatoïde. Un cancer du sein. Une double mastectomie. Un cancer généralisé. Un AVC . Chaque fois, mon identité vacille, mon corps se défait, mais quelque chose de plus grand se redresse : ma création.
Ma création est nourrie par cette tension. C’est une zone de frottement entre l’apparence et la sensation, entre la norme et l’intime, entre le regard que l’on porte sur moi et ce que j’endure en silence. A travers Softtwix, je ne représente pas la féminité : je la questionne, je la tords, je la déconstruit pour mieux en révéler les fractures et la puissance. J’utilise mon vécu comme un laboratoire vivant : chaque opération, chaque douleur, chaque transformation forcée devient un matériau poétique, plastique, et photographique.
Je continue de créer malgré ( ou peut-être grâce à ) ces épreuves. Elles ne m’ont pas affaibli, elles ont donné une densité inédite à mon travail. Elles ont affûté mon regard, ancré mes images dans une réalité que je ne peux pas fuir, et qui me permet de parler avec justesse de la vulnérabilité, du corps meurtri, du féminin altéré. Mais aussi de la résistance. De la grâce dans la chute. De la force que l’on trouve quand plus rien ne tient.
Je fais de ma trajectoire un langage. Je suis encore là. Et tant que je serai là, je continuerai à traduire en images cette lutte intérieure, à donner forme à ce qui ne se voit pas, à incarner ma parole.«
L’HISTOIRE DU BLAZON
L’éveil : Naissance d’une image libre
Autodidacte, l’artiste commence son chemin dans la photographie après un passage marquant dans l’univers de la mode et de la publicité. Dès ses débuts, elle ressent une résistance instinctive à l’idée de présenter ses images sous verre dans des cadres noirs. Très tôt, elle invente une technique qui deviendra sa signature : incruster ses tirages argentiques dans des plaquettes de bois creusées au format de l’image, recouvertes ensuite de dizaines de couches de vernis, polies entre chaque passage, à la manière des laques traditionnelles chinoises. Cette approche artisanale donne naissance à sa première exposition, « Autour du Monde », en 2001 rue Quincampoix à Paris. Elle y présente une soixantaine d’images intimistes et intemporelles, saluées pour leur douceur, leur paix et leur pouvoir de séduction singulier.
« Les soixante-dix images qui constituent sa première « vraie » exposition ne ressemblent à rien d’autre. Des portraits, des fleurs, des fruits, des villes, des animaux… Des tirages sur papier baryté, photos sépia incluses dans le bois du cadre, avec une cinquantaine de couches de vernis sur le tout. Une folie à laquelle elle consacre tout son temps libre depuis cinq ans. Il s’en dégage une impression d’intemporel, de paix, une séduction étrange. »
Danièle Mazingarbe, Madame Figaro, 2001
Lumière nocturne, Les nuits blanches d’une mère
En 2002, la naissance de sa fille marque un tournant dans sa vie. Elle quitte la publicité pour se consacrer pleinement à la maternité et à sa création. Les journées sont dédiées à sa fille, les nuits à sa pratique artistique. À cette époque, elle rejoint un collectif d’artistes installé dans une ancienne imprimerie du 19e arrondissement de Paris. Elle y occupe un atelier baigné de lumière, où elle expérimente une nouvelle technique, moins toxique, adaptée à sa nouvelle vie de jeune mère. Elle travaille alors avec des films Polaroïd grand format (809), avec une ancienne chambre photographique 20 x 25 inch, transférant l’émulsion sur du bois massif blanchi. Le rendu est fragile, translucide, poétique. De cette époque naissent plusieurs séries marquantes : Court Métrages Photographiques, Nue, et Le Bestiaire, cette dernière est toujours en cours aujourd’hui.
« Humains, animaux et paysages semblent habités de ce même regard à l’empathie contagieuse, de cette volonté charmante d’embrasser tout et davantage encore. Le trouble naît d’ailleurs de cela, de ce traitement homogène « infligé » à des sujets qui ne le sont pas, de nature que seule une vision presque cosmique rapproche.
« De ce spectacle d’une singulière humanité, le regard se retire rassasié, apaisé par la douceur de ces images noir et blanc sépia, de ces empreintes de vie à l’essence un tantinet spirituelle, mais l’oeil lui, demeure intrigué, surpris quand même. Et probablement pour longtemps. »
Sylvain Fanet, TGV Magazine, 2004
Le choc et le silence
Mais en 2006, deux événements majeurs bouleversent son quotidien : Polaroïd cesse sa production, et elle perd son atelier parisien. Avec sa famille, elle choisit de quitter la capitale pour la Bresse bourguignonne, dans une ancienne ferme à rénover. Hélas, elle découvre trop tard que le laboratoire argentique n’est pas compatible avec l’installation d’une fosse septique. Ce coup d’arrêt brutal à sa pratique provoque un choc émotionnel d’une violence inédite. En quelques semaines, elle développe une polyarthrite rhumatoïde sévère, non diagnostiquée pendant près de deux ans. Clouée au lit, ses articulations figées, elle traverse une longue période de douleur et d’épuisement. Ce n’est qu’en 2010, grâce à un traitement intensif, qu’elle parvient à reprendre pied.
Renaissance numérique, naissance de Sonac
Ce rétablissement marque une renaissance. Ne pouvant plus travailler en argentique, elle décide de basculer entièrement dans le numérique. Elle apprend à utiliser un ordinateur, s’initie à Photoshop, investit dans du matériel, et entreprend une nouvelle phase de sa création. Désormais, elle veut sortir son travail des cadres traditionnels d’exposition. Elle veut l’offrir à la rue. C’est dans cette impulsion que naît SONAC et le projet Affichage Sauvage. En collant ses photographies d’animaux dans l’espace public, en dialogue subtil avec les murs et les aspérités urbaines, elle crée des trompe-l’œil puissants qui surprennent, interrogent et émeuvent. L’animal, réinséré dans la ville, devient miroir, présence, question. Le collage, lui, devient une performance physique et poétique. Elle colle la nuit, malgré les douleurs, et photographie au petit matin l’œuvre en situation – unique trace de cette intervention éphémère.
« Au détour d’une rue, postée sur un soupirail muré, et prisonnière d’une cage figurée par une grille en fer blanc, une panthère au regard pénétrant épie les passants depuis plus d’un an. Les marcheurs les plus empressés ne l’ont peut être jamais remarquée, mais les flâneurs s’interrogent : « qui a bien pu plaquer ici le portrait d’un félin ? Le coupable s’appelle Sonac… »
Philippe Romain, Le Figaro, 2011
Visages murmurés, cicatrices exposées
En parallèle, elle traverse la perte de sa mère, emportée par un cancer en 2011. En écho à ce deuil, une nouvelle identité émerge : SOFTTWIX, et avec elle, le Projet E.Doll. Cette série interroge la pression du paraître imposée aux femmes, la dépendance au regard extérieur, la quête d’approbation sociale. Sur les murs, des visages féminins XXL, recomposés à partir de multiples portraits, scarifiés, hypnotiques, incarnent cette tension entre beauté, douleur et résistance. Le noir et blanc y devient matière, le regard frontal, presque cathartique. Là encore, l’espace public est utilisé comme caisse de résonance.
« Artiste de l’ombre cultivant le secret, Softtwix a longtemps tutoyé le monde de la mode et de la publicité par le biais de son objectif. En 2014, la photographe initie le projet « E.Doll » et commence à disperser des visages XXL de femmes scarifiés aux regards puissants, accentués par l’effet du noir et blanc. A la fois belles et irréelles, elles sont les représentations d’une société où les femmes sont de véritables Wonder Women qui vivent consciemment ou pas dans une forme de dépendance du regard des autres. (…)
« Ces héroïnes, créées à partir de plusieurs portraits réalisés par l’artiste, et rehaussés de matières, ne dégagent ni tristesse, ni agressivité, mais plutôt une forme de zénitude paradoxale. » Emmanuelle Dreyfus, GraffitiART, 2019
Coudre les plaies au mur
Elle prend de l’ampleur, de la reconnaissance, mais en 2016, un nouveau coup d’arrêt surgit : un cancer du sein. Elle choisit une double mastectomie qu’on lui vend comme étant la seule solution pour éviter toute récidive, mais subit un enchaînement d’opérations mutilantes – dix au total – dont elle ressort avec un muscle pectoral hypotrophié, et 49 cm de cicatrices. Malgré cela, elle continue à coller, à créer, à grimper sur les échafaudages. À chaque opération, deux mois de repos, puis elle retourne au mur, rigoureusement, soixante jours plus tard. De cette traversée naît une troisième signature : YU. Une nouvelle série, sous le signe du Mémento Mori, prend forme, comme un contrepoint intime à ses blessures physiques. . Yu explore la question de la mort, de la disparition, du corps altéré. Des installations plus discrètes, dans des lieux chargés de mémoire, principalement hors de France, à Bruxelles, Londres ou Naples, pour préserver son anonymat.
Le Cabinet de Curiosités : recomposer la mémoire
En 2017, elle acquiert son premier traceur grand format. Ce nouvel outil, décisif, lui permet de reprendre la maîtrise totale de son image : intensité des noirs, équilibre des contrastes, délicatesse des blancs. Elle s’amuse à nouveau.
Elle s’engage dans un nouveau projet qui synthétise toute son œuvre : un Cabinet de Curiosités. Un format plus intime, pensé comme une collection d’objets rares, de supports multiples – ardoise, bois, verre, tissu – et d’images anciennes ou récentes, toutes reliées par une même exigence plastique et poétique. Ce projet lui permet de continuer à créer, même à l’échelle réduite, dans l’attente de pouvoir à nouveau retourner aux murs. Un trait d’union vivant entre ses identités, ses techniques, ses engagements et ses blessures. Une œuvre en mouvement, plus résiliente que jamais.
2024 Fragile comme un roc
En 2024, une nouvelle épreuve s’invite : des métastases osseuses au niveau du sternum nécessitent une chimiothérapie. Puis, une dissection de la carotide entraîne un AVC. Mais là encore, elle ne lâche rien. Elle rit même lorsqu’une journaliste la compare à « la Frida Kahlo du street art ». Elle s’engage dans un nouveau projet qui synthétise toute son œuvre : un Cabinet de Curiosités. Un format plus intime, pensé comme une collection d’objets rares, de supports multiples – ardoise, bois, verre, tissu – et d’images anciennes ou récentes, toutes reliées par une même exigence plastique et poétique. Chacune de ses œuvres, chaque technique expérimentée, chaque format singulier y trouve sa place, petits formats ou fresques monumentales, noir et blanc profond, tirages vernis ou matières hybrides. Ce cabinet devient un espace de recomposition de sa mémoire artistique, un territoire intime et polymorphe qu’elle peut habiter, même dans la fragilité.
Toujours debout
Ce projet lui permet de continuer à créer, même à l’échelle réduite, dans l’attente de pouvoir à nouveau retourner aux murs. Un trait d’union vivant entre ses identités, ses techniques, ses engagements et ses blessures. Une œuvre en mouvement, plus résiliente que jamais.
Toujours debout, toujours en création, elle continue d’avancer, portée par une nécessité vitale de transformer l’épreuve en œuvre, et de faire de la rue un écrin d’émotions inattendues.
2025 Renaissance silencieuse
L’année 2025 marque un tournant discret mais décisif dans le parcours de l’artiste. Après des mois d’incertitude, son état de santé s’est stabilisé : la tumeur a considérablement réduit, la carotide a enfin cicatrisé. Une chimio à vie reste nécessaire pour prévenir toute récidive, mais le souffle revient, la force aussi — et avec elle, l’élan de créer.
Elle reprend les chantiers avec une énergie nouvelle, portée par un défi de taille : le recouvrement total d’une pièce du Musée du Street Art à Grimaud. Une première pour Sonac, qui, en quinze ans d’existence artistique, n’avait encore jamais recouvert un espace du sol au plafond. L’intervention devient à la fois un manifeste et un jubilé, célébrant quinze années d’exploration, de collage et de dialogue urbain.
En parallèle, elle poursuit en coulisses un travail de fond, plus intime : l’écriture des textes, la conception des œuvres et la mise en place de la scénographie de son futur Cabinet de Curiosités. Pensé comme un espace vivant, sensoriel, habité, ce projet au long cours ouvrira ses portes au printemps 2026.
2025 est donc une année de retour, de maturité, de concentration. Une année où l’artiste avance à pas feutrés mais assurés, entre résilience, célébration et transmission.
OEUVRES MAJEURES
1. « Affichage Sauvage », à partir de 2010.
Avec ce projet, Sonac réinvente le street art en introduisant la photographie dans l’espace public sous une forme inédite. Des portraits animaliers, en noir et blanc, sont collés en grandeur nature sur les murs de la ville. Chaque image, éphémère et fragile, interroge sur la place de l’animal dans nos sociétés, tout en dialoguant avec l’architecture urbaine. Les installations se fondent dans le paysage, disparaissant au fil du temps, mais laissant une trace indélébile dans l’imaginaire collectif. Ce projet est une réflexion sur la relation entre l’homme et l’animal, un appel silencieux à la protection de la faune.
2. « Projet E.Doll » , à partir de 2014.
Sous le pseudonyme de Softtwix, l’artiste explore les complexités de l’image féminine et les pressions sociales liées à la beauté et au paraître. Le projet E.Doll est une série de portraits de femmes recomposées et scarifiées, collés en grand format sur les murs des villes. Ces visages puissants, simultanément fragiles et résilients, questionnent la norme esthétique imposée et révèlent une réflexion sur la condition féminine, les corps malmenés, et les luttes pour se libérer des attentes sociétales.
3. « Memento Mori », à partir de 2017. Sous le nom de Yu, l’artiste engage une série d’installations subtiles et discrètes abordant la question de la mort et de la mémoire. Ce travail prend forme dans des lieux chargés d’histoire, où l’artiste recrée des atmosphères poétiques et intimes. Par le biais de sculptures, de photos en noir et blanc, et de fresques murales, Yu dépeint un corps altéré par la maladie et les interventions chirurgicales, mais toujours présent, toujours résistant. Ce projet est une exploration de la disparition, du deuil, et de la force d’une résilience invisible mais profondément ancrée.
4. « Cabinet de Curiosités« , à partir de 2024. Le « Cabinet de Curiosités » est une rétrospective personnelle et artistique de plus de 30 ans de création. Un espace hybride où chaque œuvre, chaque technique est soigneusement présentée. Ce projet intègre des œuvres en petit format, des installations monumentales, des tirages photographiques vernis et des créations en bois, verre, ardoise ou tissu. Chaque pièce est une invitation à plonger dans l’univers intime de l’artiste, à travers des portraits, des objets, et des témoignages visuels d’un parcours fait de transformations, de luttes et de résilience.