« AFFICHAGE SAUVAGE » BY SONAC

La naissance de mon projet « Affichage Sauvage» en 2010, est un peu particulière. Elle a commencé suite à une longue période alitée, à cause d’une polyarthrite rhumatoïde. Deux années sans pouvoir bouger mes bras, ni mes jambes, à faire des bilans sur tout: ma vie, mes envies, mon avenir… J’ai rapidement réalisé que si je pouvais remarcher, j’avais envie de vivre ma création autrement, de la partager constamment, sans attendre les expositions, où mon travail n’était vu que par un public choisi, mais de proposer ma création dans la rue, au regard de tout un chacun.
J’ai eu envie que mes photos d’animaux aient une autre portée, qu’elles aient une autre vie. J’ai aussi eu besoin de passer un message à travers mon travail pour avoir l’impression de joindre ma petite pierre à l’édifice, et, la place de l’animal dans la société est une question qui m’a paru très importante.
En utilisant mes photos d’animaux, et en les replaçant dans l’espace public, je pouvais amener les gens à réfléchir… En travaillant en osmose avec l’architecture du mur, où j’allais insérer mon animal, je pouvais créer de véritables trompes l’œil, qui intensifierait l’émotion ressentie par le spectateur. Le Projet «Affichage Sauvage» était né. Un message fort caché derrière un regard, un animal inoffensif sur un mur, mais qui parle pour qui veut l’écouter…
« Je travaille sous forme d’installation, éphémère fusion entre l’art et la vie. »

Au détour d’un croisement, l’art se veut opérant par surprise dans la vie quotidienne amenant le public à se questionner… En modifiant les conditions de perception, j’éveille l’attention, j’interpelle le spectateur en lui proposant un regard nouveau sur un lieu connu: la rue devient un décor, et dans ce moment de doute, le spectateur fait partie du décor…
Je colle mes photos d’animaux sur les murs, dans la ville. Je suis à la recherche du lieu parfait, une rue, une usine désaffectée, un site urbex , je ne sais jamais à l’avance. Mais c’est une recherche minutieuse, pour que l’animal ait l’air parfaitement à sa place. C’est le mur qui définira l’animal, et la taille de celui ci, pour que la photo finale, ma mise en abîme fonctionne, et qu’elle puisse venir s’intégrer à ma collection. Car c’est tout ce qui reste de mes installations éphémères… la photo. Suite à mon collage, je passe à nouveau des heures à guetter la lumière, le passant, et la situation qui permettra à mon installation de prendre toute son ampleur à travers la photo qui intègrera ma collection d’Affichage Sauvage ».

Les animaux retrouvent ici une dignité nouvelle puisque les voici au cœur de la création, porteur de sens, d’imaginaire et de métaphores. Serions-nous en train de renouer avec l’enfance et sa fascination pour les animaux, avec les mythes qu’ils ont générés et les contes dont ils sont les héros?

L’animal questionne le monde actuel.
Nous avons perdu plus de la moitié des espèces animales en à peine cinquante ans. Le signal d’alarme a été tiré depuis déjà longtemps, et pourtant il ne se passe pas d’avancée assez concrète sur le sujet. L’hécatombe continue, et beaucoup d’espèces n’existent plus qu’en captivité. Ils sont les indicateurs de l’état de notre planète… Il est encore temps d’agir. «La sensibilisation des publics à la protection de notre patrimoine naturel est la première étape sur le chemin de la prise de conscience et du changement de comportement». Mon travail d’ »Affichage Sauvage » œuvre à cette prise de conscience. J’introduis chaque année de nouveaux animaux, et beaucoup d’entre eux sont des espèces menacées qui ne seront plus là dans les cinquante prochaines années…
Critique de l’homme, critique de la société humaine, appel à notre responsabilité dans le destin de la Nature… L’animal témoigne, il questionne le monde… Mes collages soulèvent ainsi une question fondamentale: la place des animaux au sein de notre société. Repositionner leurs images dans notre quotidien est un acte militant qui permet de penser à leur condition d’être vivant. Comme si les animaux revenaient hanter nos villes pour constater ce que nous avons fait de ces cités urbaines d’où nous les avons chassés.
J’invite le public à réfléchir aux moyens de concilier développement économique et respect de l’environnement.


La magie d’une insertion parfaite.
Quand j’ai commencé mes collages urbains, mes installations étaient principalement à Paris. Je faisais mes repérages en journée, quartier par quartier, en faisant des photos de tous les murs qui pouvaient m’intéresser, avec leurs mesures précises. Puis, je rentrais à mon atelier dans le Jura pour travailler sur les maquettes. C’est à ce moment là que j’utilisais ma banque d’images, avec les photos d’animaux que je renouvelle tous les ans, afin d’avoir en permanence un bon stock d’images fortes. Pour chaque mur que j’avais photographié, j’essayais tous les animaux qui pouvaient correspondre au niveau des proportions hauteur/largeur. Ensuite, la sélection des murs se faisait très naturellement: je ne choisissais que les murs où la composition est la plus forte… la taille de l’animal n’a pas vraiment d’importance, tout ce qui compte , c’est la magie d’une insertion parfaite. Une fois les maquettes validées, j’imprimais mes animaux, je les découpais, et je revenais à Paris quelques jours, afin de réaliser mes collages. Je prenais le dernier métro pour aller dans le quartier où j’avais fait mes repérages, puis j’œuvrais jusqu’au petit matin… Les projets les plus excitants pour moi sont ceux où je suis invitée par une ville. Je demande alors une «carte blanche», et c’est moi qui fait les propositions de maquettes pour les murs qui m’intéressent. J’ai fait ce genre de projet à Strasbourg, Mulhouse, ou Amiens, et c’est un véritable régale. J’évite les murs neufs, je préfère ceux qui ont un peu vécu, et si possible avec des éléments d’architecture, afin de pouvoir m’amuser dans la composition de mon installation. J’essaye de visiter tous les quartiers de la ville, pour répartir mes animaux de sorte de créer un petit parcours, et de m’assurer que le chacun puisse être amené à en croiser un.
L’étape du collage est toujours réalisée en une fois, quitte à commencer à 5 h du matin et finir à la même heure le lendemain, car cela évite les traces de colle sur les surfaces noires. Ma technique de collage est un peu particulière, car je ne laisse pas les plis liés à la dilatation du papier, et je ne recouvre pas mon collage de colle, comme le font les autres street-artistes, cela me permet d’avoir des noirs complètement mat, et donc, très profond…

« Quand au petit matin, on part au travail, et que sur le chemin, on croit, encore un peu endormi, apercevoir un ours à l’angle de la rue, on peut dire que l’animal a pris possession des lieux…«




« Par ses créations, Sonac nous offre un regard décalé des relations homme-animal, confrontant l’un à ses responsabilités, redonnant à l’autre l’espace qu’il a perdu. »




SONAC ET LE TROMPE-L’OEIL
L’espace comme toile, le réel comme illusion.
Lorsque Sonac recouvre intégralement un mur de ses tirages monumentaux, ce n’est pas tant pour habiller une surface que pour convoquer un monde. L’image déborde de son cadre, épouse l’architecture, s’infiltre dans la ville. Les lignes du bâti deviennent lignes de fuite, les textures s’entremêlent, les matières dialoguent. Dans ce jeu subtil entre photographie et structure, entre collage et camouflage, l’artiste compose des trompe-l’œil sensibles qui déstabilisent le regard et troublent la perception.
Son geste est radical : recouvrir pour révéler. Chaque installation est pensée comme une immersion. Le spectateur ne regarde plus simplement une image, il s’y trouve immergé, pris dans une scène où l’échelle est déjouée, où les limites entre le réel et la fiction vacillent. L’animal, souvent au cœur de ses compositions, surgit à taille démesurée, comme un revenant bienveillant ou un fantôme majestueux venu réclamer sa place dans un monde trop étroit.
Sonac compose avec la ville comme on compose avec une mémoire : elle écoute ses failles, caresse ses angles, fait de ses murs une peau sensible à recouvrir d’images. Le collage devient ainsi une forme de soin, une présence poétique déposée dans l’espace urbain, comme une invitation à voir autrement.
Ce travail d’immersion et de transformation temporaire s’inscrit dans une démarche plus large : celle d’une artiste qui interroge les rapports entre l’image et le vivant, entre l’humain et l’animal, entre l’œuvre et le lieu. Un art du surgissement, du trouble et de la tendresse brute.
D’ autres facettes de mon travail avec les animaux.
Le Bestiaire / Les Yeux dans les Yeux.
Les Bestioles / Un Autre Regard