Le Blazon / BESTIOLES

UN AUTRE REGARD

Avec Bestiole – Un Autre Regard, Sonac poursuit sa recherche d’un dialogue sensible entre l’humain et le vivant. Cette série s’attache aux créatures souvent invisibles, minuscules ou ignorées, qu’on croise sans voir. Mais ici, pas de naturalisme ni de contexte documentaire : libérées de tout environnement, les bestioles de Sonac apparaissent en lévitation, suspendues dans un espace-temps indéfini, comme surgies d’un rêve ou d’un théâtre d’ombres.
Éclairées avec précision, mises en scène sur fond noir, sans échelle ni repère, ces petites créatures deviennent des présences puissantes. Leur étrangeté fascine autant qu’elle inquiète. Loin des stéréotypes, elles révèlent un potentiel plastique inattendu — textures, antennes, carapaces, transparences — qui évoquent à la fois l’univers du bijou, de la science-fiction ou du cabinet de curiosités. Par cette frontalité silencieuse, Sonac ouvre des brèches. Elle invite à porter un regard neuf sur ce que nous croyions connaître.
Cette série n’est ni un bestiaire, ni une collection entomologique, c’est une œuvre poétique, à la fois fragile et dérangeante, qui questionne notre rapport au monde, à la nature, au minuscule, au marginal. En redonnant une place à ces êtres discrets, elle renverse les échelles de valeur. L’infiniment petit devient monumental. Ce que nous jugions indésirable devient porteur de beauté. L’artiste ne cherche pas à expliquer : elle suggère, elle provoque l’imaginaire. Le spectateur est happé, désorienté, mis en relation sensorielle avec des formes de vie qu’il ne regardait plus.
Ce travail s’inscrit dans une démarche plus large : celle d’une attention au vivant sous toutes ses formes, d’un engagement artistique fondé sur la lenteur, l’observation, et l’humilité. En révélant un potentiel esthétique déjà présent dans la nature elle-même, Sonac ne fige pas l’image : elle provoque une émotion. Elle crée une tension douce entre fascination et fragilité, entre beauté organique et inquiétude diffuse.
Bestiole célèbre l’éphémère, le transitoire, le détail — tout ce qui échappe à l’œil pressé. C’est un chant muet en hommage au vivant, à ce qui résiste, à ce qui palpite encore dans l’ombre.