« GOD BLESS YU »

L’œuvre de Yu se déploie comme une allégorie contemporaine, une méditation poétique et sans détour sur la vanité de l’existence. Inspirée par les vanités du XVIIe siècle, sa pratique s’inscrit dans une tradition iconographique où la beauté, le pouvoir, la richesse ou la reconnaissance sociale apparaissent pour ce qu’ils sont : des illusions passagères, fragiles et souvent dérisoires face à l’inéluctabilité de la mort. « Memento mori » semble murmurer chaque installation, non pas comme une sentence, mais comme un appel à la lucidité. En contrepoint, une autre voix, plus tendre, souffle « Carpe diem ». Car Yu ne parle pas de la mort pour en faire un tabou, mais pour mieux célébrer la vie dans ce qu’elle a de plus intense, de plus vulnérable, de plus sacré.
Ses installations prennent la forme d’évocations énigmatiques, obsessionnelles, parfois troublantes, où l’être humain n’apparaît plus que sous les traits d’icônes crâniennes aux regards perçants. Ces figures ne sont pas des représentations macabres, mais des présences. Elles observent, veillent, interrogent. Dans une mise en scène soignée et immersive, Yu compose des tableaux photographiques d’une grande densité symbolique, où chaque élément – lumière, décor, posture – semble chargé d’un sens caché.
Les œuvres de Yu s’ancrent dans des lieux chargés : bâtiments abandonnés, chapelles oubliées, hôtels déchus, intérieurs dévastés… L’artiste ne les réhabilite pas, elle les révèle. Elle y compose ses mises en scène comme autant de rituels silencieux, dans une atmosphère à la fois gothique et suspendue, presque sacrée. Elle y explore l’abandon comme un langage, un théâtre de la mémoire où le passé affleure dans chaque fissure, chaque ride du mur.
Il y a, dans le travail de Yu, une tension constante entre la beauté et la disparition, entre la perfection visuelle de l’image et la désagrégation qu’elle contient. Ses personnages sont des icônes contemporaines, des figures fantomatiques figées dans un instant hors du temps, confrontant le spectateur à sa propre finitude. Mais loin d’être pessimiste, sa démarche est profondément spirituelle. Elle invite à ralentir, à regarder autrement, à éprouver l’intime étrangeté du monde, et à redonner sens au présent.
Ses installations photographiques sont pensées comme des sanctuaires modernes, où l’abandon devient langage, et où le sacré se redessine dans la poussière. À travers son travail, Yu interroge ce qu’il reste de nous une fois que tout s’efface. Et dans ce silence, peut-être, quelque chose de précieux persiste.








